Utilisation raisonnée et sécuritaire des pesticides
Cette page, bien que succincte, vous guidera dans l'adoption de bonnes pratiques reconnues en matière de gestion intégrée des ennemis des cultures, de protection de la santé et de l'environnement.
Les attentes sociétales actuelles placent la production agricole au cœur de plusieurs enjeux, notamment la protection de l’environnement, la santé publique et la cohabitation harmonieuse avec les autres activités en milieu rural. Dans ce contexte, l’utilisation raisonnée et sécuritaire des pesticides s’impose comme une nécessité.
Par leur nature, les pesticides présentent diverses propriétés toxicologiques, physiques, chimiques et biochimiques susceptibles d’entraîner des effets indésirables sur la santé et les écosystèmes. Il est donc essentiel de bien caractériser les risques associés aux produits utilisés afin de privilégier ceux qui présentent le plus faible impact possible. À cet égard, SAgE pesticides constitue un outil d’aide à la décision particulièrement pertinent.
Des gestes simples et accessibles permettent de rationaliser, réduire et remplacer l’usage des pesticides, tout en augmentant les superficies cultivées en lutte intégrée. Ces orientations s’inscrivent pleinement dans les orientations gouvernementales.
Afin d’assurer le rendement des cultures et de répondre aux exigences des consommateurs, les producteurs doivent lutter contre les organismes nuisibles à l’aide de différents moyens, y compris les pesticides. Toutefois, leur utilisation comporte des risques pour la santé des applicateurs, de leur entourage, des consommateurs et de l’environnement. En outre, les pesticides peuvent également avoir un impact néfaste sur les organismes bénéfiques.
Dans une perspective de développement durable, une gestion responsable des ennemis des cultures amène les entreprises agricoles à mieux situer le rôle des pesticides en considérant la santé humaine et la protection des milieux naturels. Cette réflexion conduit à l’adoption de méthodes de production plus respectueuses de l’environnement.
Dans cette optique, la lutte intégrée s’impose comme une démarche agroenvironnementale efficace et avantageuse.
La lutte intégrée : une approche gagnante
La lutte antiparasitaire intégrée, ou gestion intégrée des ennemis des cultures (GIEC), est une approche décisionnelle qui mobilise l’ensemble des techniques disponibles afin de réduire efficacement et économiquement les populations d’organismes nuisibles, tout en minimisant l’utilisation des pesticides et les risques pour la santé et l’environnement qui y sont associés.
Reposant sur l’observation, le dépistage et l’expérimentation, cette approche agroenvironnementale favorise l’utilisation des méthodes de lutte les plus appropriées, en considérant l’environnement comme un allié. Bien que les étapes de mise en œuvre soient générales et applicables à toutes les productions, des guides spécialisés et des outils d’autoévaluation permettent d’adapter la démarche aux réalités propres à chaque entreprise agricole.
Gestion des pesticides dans une approche intégrée
Les pesticides sont conçus pour contrôler ou éliminer les organismes jugés nuisibles. Leur mise en marché et leur utilisation sont encadrées par des réglementations fédérales et provinciales, auxquelles peuvent s’ajouter des règles municipales.
Dans le cadre de la lutte intégrée, les pesticides ne constituent qu’un outil parmi d’autres et doivent être utilisés avec discernement, uniquement lorsque la situation le justifie. Une gestion rationnelle et sécuritaire repose sur l’application de pratiques agroenvironnementales visant à optimiser leur usage tout en réduisant les risques pour la santé et l’environnement.
Le respect strict des consignes inscrites sur l’étiquette est essentiel. La tenue d’un registre des interventions phytosanitaires et des observations issues du dépistage constituent également des outils clés pour orienter les décisions et assurer un suivi rigoureux.
Gestion de la résistance
L’un des enjeux majeurs liés à l’usage des pesticides est le développement de la résistance chez les organismes nuisibles. L’utilisation répétée de matières actives ayant le même mécanisme d’action favorise l’émergence de populations résistantes, réduisant l’efficacité des produits antiparasitaires et entraînant une augmentation de leur utilisation.
La prévention de la résistance repose sur plusieurs principes :
- intervenir uniquement lorsque cela est justifié;
- alterner les pesticides selon leur groupe de pesticide ou leur mécanisme d’action;
- consulter attentivement les indications présentes sur les étiquettes (DIR2013-04 de l’ARLA);
- intégrer d’autres moyens de lutte, notamment culturaux, biologiques et mécaniques (rotation des cultures, faux-semis, lutte biologique, désherbage mécanique, etc.).
Les pesticides regroupent l’ensemble des substances utilisées pour prévenir, éliminer ou contrôler divers organismes nuisibles. Tous présentent, à des degrés variables, un potentiel de toxicité pouvant affecter l’humain.
Le risque associé à un pesticide peut être exprimé par l’équation suivante :
- Risque = Toxicité × Exposition
Ainsi, même un pesticide faiblement toxique peut devenir dangereux si l’exposition est élevée ou répétée.
Voies d’exposition
Les risques d’exposition aux pesticides peuvent survenir lors de la préparation, de l’application ou après le traitement (retour sur le site traité), principalement par :
- la peau et les yeux;
- les voies respiratoires;
- plus rarement, par ingestion.
Une exposition inadéquate, souvent liée à l’absence d’équipements de protection individuelle, à de mauvaises pratiques ou à des conditions environnementales défavorables, peut entraîner des intoxications aiguës ou chroniques.
Effets sur la santé
Toxicité aiguë
Les intoxications aiguës apparaissent peu de temps après une exposition et se manifestent par des symptômes, tels que maux de tête, nausées, vomissements, étourdissements ou irritations. Des expositions plus sévères peuvent entraîner des troubles neurologiques, respiratoires ou même le coma.
Toxicité chronique
L’exposition répétée à de faibles doses de pesticides peut entraîner des effets à long terme difficiles à détecter, incluant fatigue persistante, troubles neurologiques, effets sur la reproduction, perturbations endocriniennes et augmentation du risque de certains cancers.
Cas particulier des fumigants
La fumigation constitue la méthode d’application la plus dangereuse. Les fumigants, sous forme de gaz ou de vapeurs extrêmement toxiques, présentent un risque élevé d’intoxication par inhalation et par contact cutané.
Leur utilisation exige des mesures de sécurité strictes :
- interdiction de travailler seul;
- port d’équipements de protection adaptés;
- contrôle de l’accès au site;
- affichage clair des risques;
- respect rigoureux des procédures de ventilation et de réentrée.
Pour appronfondir le sujet
Pesticides et santé
Pour approfondir vos connaissances sur les pesticides, leurs effets sur la santé et les moyens de prévenir les risques associés à leur utilisation, plusieurs ressources fiables sont mises à votre disposition :
- Pesticides et risques pour la santé
- Les pesticides et la santé
- Les risques des pesticides
- Les risques sanitaires des pesticides : des pistes d’action pour en réduire les impacts
- Service du répertoire toxicologique (CNESST)
Équipement de protection individuelle
Les équipements de protection individuelle (ÉPI) constituent un élément clé de la prévention des risques d’exposition aux pesticides. Pour obtenir de l’information détaillée sur le choix, l’utilisation et l’entretien des ÉPI, veuillez consulter les guides suivants :
Diffusion des pesticides dans l’environnement
Protection de l'eau et des zones sensibles
Le respect de distances d'éloignement et de zones tampons permet de protéger l'eau et les zones sensibles des risques et dangers des pesticides.
Selon le Code de gestion des pesticides, des distances d'éloignement sont prévues par rapport aux lacs, aux cours d’eau, aux fossés, aux milieux humides et aux sites de prélèvement d’eau lors de l'application terrestre ou aérienne de pesticides. Des distances d'éloignement par rapport aux immeubles protégés, aux garderies, aux établissements scolaires et aux pistes cyclables sont également exigées pour les applications aériennes ou terrestres et varient selon le type de pulvérisateurs. Par exemple, l’application d’un pesticide à l’aide d’un pulvérisateur à jet porté ou pneumatique doit être effectuée à au moins 30 mètres d’un immeuble protégé si l’application est dirigée vers l’immeuble protégé et au moins 20 mètres si l’application est effectuée dos à celle-ci.
Distances d'éloignement
Un tableau descriptif résume les distances d'éloignement à respecter en milieu agricole selon les lieux où sont effectuées les activités d'entreposage, de préparation et d'application terrestre ou aérienne des pesticides. Il faut souligner qu’en cas de divergence entre l'étiquette d’un produit, le calculateur de zone tampon de pulvérisation de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) et une distance exigée par le Code de gestion des pesticides, la distance la plus contraignante s'applique.
Zones tampons
L’ARLA définit la zone tampon de pulvérisation comme « la distance sous le vent entre le point d’application directe d’un pesticide, habituellement la lisière de la zone traitée, et la plus proche bordure d’un habitat sensible », à moins d’avis contraire figurant sur l’étiquette du produit. La zone tampon sans pulvérisation réduit les risques associés notamment à la dérive pour les habitats sensibles et non ciblés Cette information est généralement inscrite sur l'étiquette du produit commercial dans la section relative au mode d'emploi.
Pour approfondir le sujet :
Suivi des pesticides dans l'environnement
Critères de la qualité de l'eau de surface au Québec
Le site internet Critères de qualité de l'eau de surface contient un répertoire des critères de qualité pour plus de 400 contaminants. Il s’agit de critères de qualité descriptifs, de critères de qualité chimiques pour divers usages de l'eau, et de critères relatifs à la toxicité globale aiguë et chronique pour la vie aquatique. Les usages de l'eau identifiés sont : les sources d'eau potable, la consommation d'organismes aquatiques, les effluents, la vie aquatique, la faune terrestre piscivore, de même que les activités récréatives.
Présence de pesticides dans l’eau
La présence de pesticides dans les eaux de surface de zones en cultures de maïs et de soya est évaluée annuellement au Québec, et ce, depuis 1992. Outre ce programme continu de suivi, certains projets spéciaux ont également été réalisés en milieu agricole (pomme de terre, vergers, etc.). Pour plus d’information, consultez les différents rapports sur la présence de pesticides dans l’eau.
Récupération des contenants et des pesticides périmés
Après utilisation du pesticide, le récipient contient encore, en moyenne, 1 % de son contenu original et jusqu'à 4 % pour un contenant de 10 litres. Même si cette quantité semble négligeable, elle est suffisante pour représenter un risque pour la santé et l'environnement.
Pour approfondir le sujet :
- La manipulation des pesticides et la gestion des contenants
Encadrement réglementaire des pesticides au niveau fédéral
Au Canada, l'homologation des pesticides, la mise en marché et l’étiquetage des pesticides sont encadrés par la Loi sur les produits antiparasitaires (LPA). L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), de Santé Canada, est chargée d'administrer la Loi sur les produits antiparasitaires. Une série de règlements précisent les modalités d'application de cette loi.
Encadrement réglementaire des pesticides au Québec
Loi sur les pesticides
Au Québec, les pesticides sont encadrés par la Loi sur les pesticides et ses deux règlements d’application. Cette loi, administrée par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), vise à promouvoir une utilisation rationnelle et sécuritaire des pesticides. Elle vise également à éviter et atténuer les atteintes à l’environnement et la santé liées à l’usage des pesticides. Les deux règlements viennent préciser les modalités d’application de cette loi :
- Le Règlement sur les permis et les certificats pour la vente et l'utilisation des pesticides prévoit les classes de pesticides, le régime de permis et de certificats ainsi que les registres et les déclarations de ventes. Par exemple, un permis est requis pour les entreprises de vente de pesticides ou d’utilisation tandis qu'un certificat est requis pour les vendeurs ou les utilisateurs de pesticides, y compris les agriculteurs.
- Le Code de gestion des pesticides encadre la vente, la possession, l’entreposage et l’utilisation des pesticides en vue de réduire l’exposition des personnes et de l’environnement à ces produits. Les exigences du Code de gestion des pesticides comprennent des règles à l'intention des titulaires de permis et de certificats, soit les entreprises de vente de pesticides, ainsi que les utilisateurs commerciaux et privés incluant les agriculteurs et les aménagistes forestiers. Certaines dispositions s'adressent aux citoyens.
Pour approfondir le sujet :
- Le Code de gestion des pesticides
Loi sur la qualité de l'environnement
Conformément à la Loi sur la qualité de l'environnement et aux règlements qui en découlent, certains projets sont assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement; certains utilisateurs doivent obtenir un certificat d'autorisation et des normes assurent le maintien d'une eau potable de qualité.
- Le Règlement sur la qualité de l'eau potable prescrit depuis 2001 des normes et des contrôles de la qualité pour l'eau destinée à la consommation humaine. Il oblige certains réseaux de distribution à respecter des normes relatives aux substances organiques, dont les pesticides. En d'autres termes, l'eau ne doit pas contenir de pesticides en concentration supérieure à celles indiquées au règlement.
- Les déchets de pesticides, c'est-à-dire les déchets constitués, en tout ou en partie, de pesticides ou contaminés par des pesticides peuvent présenter un danger pour l’environnement et la santé. Il est important de s’en débarrasser de façon responsable et selon les normes ou pratiques établies.
Autres lois et règlements
Autres lois et règlements administrés par le MELCCFP pouvant s'appliquer à l'utilisation de pesticides :
Encadrement réglementaire des pesticides au niveau municipal
Plusieurs municipalités possèdent des règlements concernant l'utilisation de pesticides en milieu urbain. Ces règlements peuvent encadrer et restreindre à différents degrés la vente et l'utilisation de ces produits.